Par Diane Laberge
Le parcours de Richard Rémy étonne. Ingénieur en aéronautique, il troque un jour la science pour la liberté, jumelant l’envie de voyager avec celle de créer une entreprise où le plaisir et la découverte du monde - le vrai - sont au rendez-vous. Rencontre avec un créateur passionné d’aventure.
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Jeune, Richard Rémy voyage très peu. Ses plus grandes aventures, il les fait vivre à son G. I. Joe – figurine tirée d’une bande dessinée fort populaire dans les années 70- qui lui, voyage beaucoup. Il fabrique pour son héros un éléphant en papier mâché et part avec lui à la conquête de l’Afrique et de contrées lointaines. Les albums de Tintin et de Bob Morane lui fournissent alors tout le nécessaire pour bien préparer ses expéditions imaginaires. À 6 ans, il connaît par coeur tous les noms des animaux d’Afrique. Il ne sait pas encore à quel point ça lui servira un jour.
Voyager : une science?
Natif de Montréal, Richard Rémy fait des études en ingénierie aéronautique à l’Université de Sherbrooke. Pourquoi la science? « Je n’avais pas vraiment d’intérêt pour ça mais les orienteurs de mon collège prédisaient alors beaucoup de débouchés et surtout, la garantie de bien gagner sa vie» se rappelle Richard Rémy. Tout au long de ses études, l’étudiant performe - certes - mais il manque visiblement de convictions. À 19 ans, il profite de l’opportunité d’un stage en Europe - qu’il ne fera jamais- pour partir quatre mois à la découverte des vieux pays. « Ce fut l’élément déclencheur » se souvient Richard Rémy. Quelques semaines seulement après son départ, attablé à une terrasse en Bretagne, il se rappelle avoir pensé que sa vie ne serait plus jamais la même. « Le sentiment de liberté qui m’habitait alors était au-dessus de tout.» Une semaine plus tard, l’étudiant rebelle part à la conquête du Pic du Canigou, dans les Pyrénées. Escaladant le mont en voiture, dans des chemins de terre de plus en plus étroits, il commence alors à entrevoir les sommets enneigés. Il se rend jusqu’au bout de la route et poursuit à pied, en jeans et souliers de tennis. La météo est changeante, j’ai froid et les conditions de marche se détériorent rapidement. « J’ai vite compris qu’une mauvaise préparation et que ma témérité pouvaient me mettre en danger. » Cette situation l’amène à une prise de conscience qui le pousse à suivre différentes formations afin de voyager de façon plus sécuritaire et « intelligente ».
Au retour, il complète ses études et travaillera deux ans dans une entreprise estrienne avant de devenir enseignant en sciences durant près de cinq ans. « L’envie de partager mes connaissances était déjà très présente en moi. J’adorais enseigner mais j’aimais aussi mes deux mois de vacances par an et les possibilités qu’elles m’offraient de voyager. Malheureusement, en été, au Népal, c’est la saison de la mousson. Il me faudra donc attendre plusieurs années encore avant de réaliser mon rêver et découvrir l’Himalaya » nous dit Richard Rémy. Ses vacances d’enseignant, il les passera dans les Rocheuses canadiennes à suivre une formation d’alpiniste, sur la Terre de Baffin en ski, dans les Pyrénées à vélo ainsi qu’en Équateur. Sa pensée se précise et la fièvre du voyage est de plus en plus forte.
Joindre l’utile à l’agréable
Au fil des ans, Richard Rémy a de plus en plus envie de développer son propre projet. En 1995, il part suivre une formation avancée de guide de montagne. D’une durée de quatre mois, la formation coûte douze mille dollars. « C’était beaucoup d’argent à l’époque » se rappelle celui qui n’est pas encore bien certain du chemin qui l’attend. Pour Richard Rémy, il y avait déjà une grande différence entre devenir guide ou voyageur. « Un guide développe souvent une spécialité. Être guide au Mont Blanc, par exemple, suggère que vous allez le monter et le redescendre des centaines de fois » avoue celui pour qui la routine et la sécurité d’emploi ne semblent avoir aucun intérêt. « Je me suis vite aperçu que j’étais plus excité par la découverte que par les montées d’adrénaline.» À 31 ans, le voilà prêt. Il ouvre sa propre entreprise en tourisme d’aventure. Il y sera à la fois développeur, promoteur et guide. «J’ai choisi depuis longtemps un style de vie qui marie plaisir et qualité de vie.  Et j’accepte volontiers de faire passer ceci avant toute forme de rentabilité. »  Bien qu’il avoue ne jamais avoir retrouvé le salaire d’un ingénieur en aéronautique, Richard Rémy est un homme heureux. « Je réinvestis tout dans mon entreprise. Et surtout, je garde encore pour moi le plaisir de développer toute  nouvelle destination, ou presque » mentionne celui qui, six mois par an, se retrouve sur les chemins les moins fréquentés. « À l’image des caravaniers qui, à l’époque, parcouraient en groupe les contrées les plus dangereuses, partir en petits groupes, à pied, permet aujourd’hui encore de se rapprocher de cette espèce de nostalgie romantique. » Après plus de 10 ans d’existence, Karavaniers du monde a acquis une solide réputation dans le marché
L’aventure c’est l’aventure!
Quand on lui demande de décrire son entreprise, Richard Rémy pèse bien ses mots. Encore aujourd’hui, il a du mal à définir celle-ci sans utiliser des termes – aventure, expérience, authenticité, hors des sentiers battus- qu’il considère lui-même comme légèrement galvaudés. Selon lui, l’approche de Karavaniers permet surtout de se rapprocher du mode de vie de la plupart des gens qu’il croise. «Pour les populations locales, quelqu’un qui arrive à pied dans un village est nécessairement beaucoup plus sympathique que quelqu’un qui arrive en autocar » précise-t-il ajoutant aussi « C’est le fun d’être en santé et capable de marcher…on sent mieux les choses. »
Étrangement, malgré sa formation, il n’y a rien de scientifique dans le choix des destinations qu’il développe. « Je fonctionne beaucoup plus sur des bases intuitives que sur des études de marché. » Malgré une logistique planifiée au quart de tour, le voyage laisse aussi place à la spontanéité. « On est réaliste, on vend un produit organisé. Si on dit qu’on va voir le Machu Picchu, on va voir le Machu Picchu » dit-il, précisant que le sérieux et l’expérience peuvent quand même laisser place à de belles improvisations. De là sont nés les voyages étoiles filantes, proposant des destinations qui ne sont pas encore tout à fait rodées. « Ces destinations s’adressent bien sûr aux plus aventuriers. »
Dans le même souffle, Richard Rémy admet qu’avec internet, les gens sont plus renseignés. Ils sont donc plus exigeants et souvent moins conciliants avec l’improvisation. « Pour certains, ne pas avoir assez de détails peut s’avérer un frein tandis que d’autres achèteront sans même savoir où l’on va. Ils nous font confiance.»
Richard Rémy avoue avoir plus de difficulté avec les caravaniers des temps modernes, ceux qui ne se déplacent plus sans leur cellulaire ou leur portable. « Je ne comprends pas l’idée d’avoir un cellulaire à la main et d’appeler ta blonde ou ton chum le soir pour tout raconter au fur et à mesure. Tu reviens à l’aéroport un mois après et t’as plus rien à dire.» Sa suggestion : vivre le moment présent et se garder le privilège de s’ennuyer des gens qu’on aime.
Quand on demande à Richard Rémy si les québécois sont aventuriers, il répond « S’il faut les comparer, ils le sont peut-être un peu moins que les Français ou les Allemands. Mais ce sont ceux que je préfère guider, pour leur fraîcheur et leur spontanéité.»
Encadré
SES 3 COUPS DE CŒUR
GROENLAND : pour ses paysages, l’immensité, ses icebergs et glaciers, et ses 24 heures de lumière en continu.
HIMALAYA : Pour ses oiseaux en quantité. Ses montagnes, ses forêts et ses gorges majestueuses. Pour les Népalais qui - avec leur philosophie bouddhiste - sont certainement les gens les plus gentils du monde.
AFRIQUE DE L’EST : Pour la fascination que la vie animale exerce sur moi. La Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, les grandes plaines, le Serengeti, les gorilles Silver Black, les lions, la migration des gnous. Tant de vie, tant d’animaux dont l’équilibre est menacé. Un grand spectacle!
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