
C’est sur deux roues que le photographe Bertrand Lemeunier entreprend la traversée du Canada d’est en ouest, au printemps 2007. Il lui faudra 10 mois pour voir et immortaliser le pays, d’un océan à l’autre. Il nous promet un prochain livre-photo étonnant!
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Par Diane Laberge
Bertrand Lemeunier est français d’origine mais vit au Québec depuis près de dix ans. Venu étudier la photographie au Collège Marsan, il tombe en amour avec le Québec et décide d’entreprendre les démarches pour y habiter à demeure. Il s’installe d’abord à Montréal où il travaille comme emballeur dans un supermarché pour payer ses études et surtout, financer le livre qu’il rêve de réaliser pour ses 25 ans. Pour Bertrand, il n’y a pas de hasards et la vie le lui prouvera maintes fois au cours des années qui suivront. Il fera notamment la rencontre du journaliste Éric Clément avec lequel il décidera de passer à l’action. En octobre 2005, pour ses 25 ans, Bertrand Lemeunier publie en compagnie de son acolyte son premier livre intitulé « Français de Montréal ».Â
Il prendra ensuite quelques mois à préparer son nouveau défi : partir à la conquête du Canada, en vélo. Avec l’idée d’un prochain livre, le voilà parti sur la route de la plus grande aventure de sa vie. « Je ne suis pas un athlète. Je n’ai que de la volonté », dira celui qui avoue s’être beaucoup interrogé au décès d’une amie d’enfance à peine âgée de 20 ans. «C’est là qu’on se dit qu’il faut vraiment apprendre à vivre au jour le jour. C’est la seule façon d’arriver à être satisfait de qui on est, de ce qu’on fait », philosophe-t-il, sourire aux lèvres. Car Bertrand n’est pas un être torturé. L’œil brillant et la mèche rebelle, le jeune photographe partira de Terre-Neuve direction Vancouver en mai 2007, question de voir du pays et de s’ouvrir aux rencontres. Et des rencontres, il en fera plusieurs dont certaines le marqueront pour longtemps. Notamment celle qu’il fit avec Albert Leblanc, octogénaire parti à vélo de Maria, en Gaspésie, pour se rendre à Montréal prendre son vol pour Bejing en vue d’assister aux Jeux Olympiques d’été. « Cet homme est un véritable modèle pour moi, la preuve qu’avec de la volonté, tout est possible » ajoute-t-il, attendri. On devine chez lui un côté sensible qui transparaît sur les clichés qu’il publiera bientôt dans le livre de son expédition.
 
D’est en ouest
Avec une pointe d’humour, Bertrand explique qu’il a délibérément choisi de faire la traversée d’est en ouest pour défier le vent et les sabliers. « En pédalant contre le vent, j’avais l’impression de gagner mon rêve à chaque coup de pédale. Le soir, le soleil se couchait là , juste devant, et je me disais que je pouvais enfin me détendre aussi ». Pour lui, un rêve est quelque chose qu’au départ on ne croit pas possible de réaliser. Voulant que son périple puisse également apporter une contribution à la société, le photographe a choisi de pédaler pour Rêves d’enfants, récoltant près de 30 000$ pour la fondation.Â
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Le jeune homme a lui-même l’impression de traverser un rêve le jour où il se retrouve au cœur des Prairies.  « Ce fut un véritable coup de cœur. J’y ai réalisé qu’au milieu de rien, on trouve de tout » insiste un Bertrand visiblement troublé par la beauté de ce qu’il y a découvert. « J’ai choisi de ne pas pédaler en ligne droite, de m’égarer un peu. J’ai découvert les méandres de la rivière Qu’appelle, j’ai rencontré des familles mennonites et vu mes plus beaux couchers de soleil » mentionne le photographe qui, durant son périple, aura capturé plus de 9 000 clichés. Parti pour une traversée de 4 500 kilomètres, il en aura fait plus de 16 000, à choisir les détours inspirés du moment, au gré des rencontres. « Pour moi, le bonheur est la seule chose qui se double quand on le partage. Les plus belles choses qui me soient arrivées depuis que je suis au Québec sont survenues à travers les rencontres ». Il se souviendra longtemps d’un couple de l’Alberta, Rudy et Janet Couture. Venus chercher l’aventure au Yukon, ils en sont tombés follement amoureux au point d’y passer 54 ans de leur vie, à travailler pour le mieux-être de la collectivité. Ce couple serein, d’une simplicité désarmante, a marqué Bertrand. « C’est souvent dans les lieux les plus isolés que l’on retrouve le plus de volonté et de solidarité ». Et quelquefois aussi, l’originalité. Comme sa rencontre avec Anthony dit le Snow King. Ce torontois installé à Yellowknife depuis 1989 en est à la construction de son 13e château de glace. Son but? Célébrer l’hiver et s’assurer que les gens soient heureux. Pour cela, le Snow King ne manque pas d’imagination. Il organise chaque hiver le Snow King Winter Festival où, durant un mois, il raconte des histoires aux enfants et offre, dans l’antre de son château de glace, une multitude d’activités. Il se fait pousser la barbe plusieurs mois avant et raconte aux enfants qu’il vient du nord et qu’il habite la porte à côté de celle du Père Noël. Magie assurée!
Même s’il a connu parfois des moments difficiles sur la route en raison de la pluie incessante, du froid, de la maladie, de l'isolement ou d’un mal de genou récurrent, tout cela est balayé purement et simplement par la soif de découvertes, l’intensité et la magie des rencontres de gens merveilleux, venus d’ici ou d’ailleurs.
 
Les grandes découvertes
Bertrand Lemeunier aura été frappé par le nombre important de communautés francophones établies partout au Canada. « À Jasper entre autres, deux écoles sur trois sont francophones » rapporte Bertrand.
Il se souviendra longtemps de la première neige à son arrivée à Prince Albert ou de ce soir de tempête, dans le Col Rogers près de Revelstoke. « Un policier m’a interpellé pour me suggérer de m’arrêter là en raison des conditions météo. J’ai creusé un trou dans la neige pour ma tente et y ai passé la nuit » confie le photographe qui a appris à ses dépends que la vie peut vous transporter d’un extrême à l’autre en très peu de temps. Ainsi, après avoir roulé 4 jours entre Jasper et Banff par -30C sur la route des Glaciers, voilà qu’on lui offre une nuit gratuite à l’hôtel. « Rien de moins que le Château du Lac Louise » conclut celui qui dit « toujours s’attendre au meilleur tout en se préparant au pire ».Â
Le Nunavut ou le bout du monde
La première chose qui aura marqué Bertrand Lemeunier en arrivant au Nunavut, c'est le sentiment d'immensité. « À Iqualuit, même si on n’est pas véritablement encore dans le cercle arctique, tu ressens le nord au plus profond de toi. C’est le « grand » nord dans toute sa splendeur et sa fragilité. J’ai pu y passer une nuit dans un igloo par -20 degrés celcius et croyez-le ou non, ce fut une véritable partie de plaisir. Bonne compagnie, bon repas, bonnes discussions, des rires et pour finir, on a pu voir danser le ciel au dessus de nos têtes » se souvient le photographe. Car le nord, c’est aussi ça, le paradis des aurores boréales. Â
Droit au but
La citation favorite de Bertrand Lemeunier est certainement celle d’Albert Einstein qui disait « La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre ». Le jeune homme à peine âgé de trente ans s’en inspire chaque jour. Et son équilibre, il l’aura trouvé, sans le chercher, au bout de la route. Après avoir fait la page couverture de l’Express du Pacifique qui relatait son aventure, il reçoit un courriel d’une jeune fille de Québec travaillant à Vancouver. Elle venait elle-même de faire l’Amérique du Sud en vélo et fut touchée par le récit de ce jeune français au cœur tendre et aux mollets bien fermes. Ils se rencontrent et c’est le coup de foudre. « Chose curieuse, ses parents sont français et nos deux familles ont vécu longtemps à 10 kilomètres l’une de l’autre. Il aura fallu que je vienne jusqu’à Vancouver pour la rencontrer ». Ils vivent depuis en Charlevoix où Bertrand Lemeunier, caméra à la main, continue de rêver et de chasser l’image.






