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La planète bleue de Julie Payette

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altpar Anne Pélouas

 

Elle aime flotter en apesanteur comme elle adore plonger ou faire du canot-camping. Rencontre avec l’astronaute-vedette du Canada, sportive accomplie, polyglotte, pianiste de haute voltige et engagĂ©e dans la cause de l’accès Ă  l’eau potable.

 

 

 

 

Vous Ă©tiez de deux missions spatiales, en 1999, puis l’an passĂ© avec Endeavour, pour rejoindre la station internationale. De l’observation de la Terre de haut, quelles impressions a-t-on de sa partie « liquide » ?

 

Avec 72% de la planète couverte d’eau, il est Ă©vident qu’elle domine. Ce qui me frappe le plus, c’est l’immensitĂ© de l’ocĂ©an Pacifique que les cartes coupent en deux ! Vue de l’espace, la Terre est vraiment une planète bleue avec une incroyable myriade de teintes, quasi-indescriptible. Il y a du turquoise dans la mer de corail et autour des atolls, du bleu extrĂŞmement foncĂ© dans les ocĂ©ans… La Terre est une bille de marbre sur fond d’infini. C’est tellement beau ! 

 

Vous préférez la vision « spatiale » des continents ou celle des océans ?

 

Les deux sont fascinantes. Tellement que, lors de mes missions, je faisais sonner l’alarme sur ma montre pour m’obliger Ă  consacrer au moins une demi-heure chaque soir Ă  les observer ! Il est très intĂ©ressant de regarder les masses continentales, les gros centres urbains… On voit toute l’activitĂ© humaine Ă  grande Ă©chelle, avec ses effets sur l’Ă©talement urbain, les zones de dĂ©forestation, les pellicules de smog sur PĂ©kin, Tokyo et l’AmĂ©rique du Nord, les dĂ©versements de pĂ©trole en mer. Lorsque le soleil est Ă  l’oblique, l’eau polluĂ©e a une teinte et une texture diffĂ©rente.

 

 

Quelles sont les images les plus fortes que vous ayez de phénomènes reliés aux changements climatiques ?

La fonte massive des glaciers, notamment en Arctique, est la plus prĂ©occupante; la hausse du niveau des ocĂ©ans aussi, avec les risques d’inondation de zones habitables et cultivables. Depuis l’espace, l’image la plus forte pour moi est celle de la fonte de la calotte du mont Kilimandjaro. Il est facile Ă  repĂ©rer : c’est le seul point blanc Ă  des kilomètres Ă  la ronde. La glace est beaucoup plus mince qu’il y a dix ans. Or, le glacier irrigue tous les flancs de la montagne, aux terres très fertiles. On voit toutefois des cercles concentriques qui dĂ©notent un assèchement progressif. D’ici dix Ă  vingt ans, les terres vont perdre en fertilitĂ© et les populations locales seront durement affectĂ©es.

Quel est l’apport spĂ©cifique de la recherche spatiale canadienne Ă  ces bouleversements climatiques ?

Le Canada fait beaucoup en matière de tĂ©lĂ©dĂ©tection, grâce Ă  Radarsat. Avec ses observations, on a pu par exemple diriger les Ă©quipes d’urgence sur le terrain après le tsunami en IndonĂ©sie ou fournir de prĂ©cieuses donnĂ©es satellitaires pour dĂ©ployer des secours lors des dĂ©bordements de la rivière Rouge au Manitoba, notamment en 1997 et en 2009

 

Vous vous impliquez aux cĂ´tĂ©s de Guy LalibertĂ© et de sa fondation One Drop pour dĂ©fendre l’accès Ă  l’eau potable. On vous a vu lors du spectacle planĂ©taire qu’il a orchestrĂ© en 2009 depuis la Station spatiale internationale. La conscientisation Ă  ce phĂ©nomène du manque d’eau vous importe beaucoup ?

 

Elle est essentielle. La Terre nous donne cette ressource unique en abondance mais nous la gaspillons souvent, surtout en AmĂ©rique du Nord, oĂą elle est peu chère et très disponible. Un jour pourtant, l’eau se monnayera en bourse ! On comprendra alors l’importance de l’Ă©conomiser, de moderniser notre façon de la partager et de mettre sur le marchĂ© des systèmes performants comme celui qu’on utilise Ă  la station spatiale internationale. L’eau y est dĂ©jĂ  denrĂ©e rare et on n’a pas le choix que de recycler les eaux usĂ©es, y compris « humaines », en eau potable.

 

Depuis six ans, vous venez de Houston en pèlerinage hivernal faire la TraversĂ©e de la GaspĂ©sie en ski de fond. Avec un agenda chargĂ© comme le vĂ´tre, qu’est-ce qui vous motive, le dĂ©fi sportif ou la convivialitĂ© de l’Ă©vĂ©nement ?

 

J’y viens depuis que la TraversĂ©e m’a adoptĂ©e mais j’adore la GaspĂ©sie, Ă©tĂ© comme hiver. Pour moi, c’est une vraie semaine de vacances prises pour faire du sport. J’aime les paysages et c’est une formidable occasion d’ĂŞtre dehors, de s’Ă©vader, de fermer son cellulaire tout en rĂ©alisant un bon dĂ©fi sportif ! C’est aussi l’aventure d’un groupe de personnes d’origines diverses qui se rassemblent autour d’une passion. Le groupe est très animĂ© et tout le monde s’entraide car il ne s’agit pas d’une course.

 

Ce n’est pas trop difficile d’ĂŞtre une vedette dans ce genre d’Ă©vĂ©nement grand public ?

 

 

Si cela l’Ă©tait, je n’y reviendrais pas. Je fais partie du groupe, ni plus, ni moins, et les gens sont très respectueux. 

 

Vous pratiquez au moins deux activités « aquatiques », le canot-camping et la plongée sous-marine. Ce sont de vraies passions ? 

 

J’adore le canot ET le camping. Depuis longtemps. Mon deuxième fils a six ans. Il est maintenant assez Ă  l’aise dans l’eau pour qu’on puisse l’emmener cet Ă©tĂ© en canot-camping. L’un des mes endroits prĂ©fĂ©rĂ©s est le parc Algonquin en Ontario. J’aime l’isolement que procure le canot-camping quand il n’y a personne Ă  l’horizon. On vit dehors. On se baigne. On boit l’eau du lac. On vit en communion avec la nature. C’est le bonheur total !

 

Et la plongée sous-marine ?

 

J’adore ĂŞtre dans l’eau. C’Ă©tait naturel que je fasse de la plongĂ©e. Aujourd’hui, on le fait en famille car mon fils de 16 ans a sa certification. J’ai surtout plongĂ© dans les CaraĂŻbes mais il y a un endroit que je trouve absolument fascinant au Canada. C’est le dĂ©troit de Georgie, entre Vancouver et l’Ă®le du mĂŞme nom. Les eaux sont très froides mais la faune aquatique est incroyable, avec des octopus gĂ©ants, des poissons loup ocellĂ©s (wolf eel)…

 

2010 marque la fin de la construction de la Station spatiale internationale, alors que la Nasa voit son budget rĂ©duit. Comment voyez-vous l’avenir pour la recherche canadienne et pour vous-mĂŞme ?

 

Il va y avoir beaucoup de chamboulements mais on s’y attendait et on s’adapte ! La Station sera tout de mĂŞme en exploitation jusqu’en 2020. MĂŞme si les États-Unis n’ont pas de vaisseau spatial amĂ©ricain en opĂ©ration pendant quelque temps, ils n’arrĂŞteront pas d’aller dans l’espace, pas plus que nous ! Nous allons continuer de travailler avec la Nasa et les partenaires de l’ISS. Pour les prochaines annĂ©es, ce sont les Russes qui assureront le service de transport Ă  la Station, Ă  avec leurs fusĂ©es et capsules spatiales Soyuz.

Nous avons fort Ă  faire pour utiliser la fantastique plateforme de recherche que constitue la Station spatiale internationale. Elle sera utilisĂ©e pour y conduire des expĂ©riences scientifiques de base, mais aussi pour mieux comprendre l’adaptation des humains Ă  l’Ă©tat d’apesanteur et contrecarrer ses inconvĂ©nients. Cette question est fondamentale si on veut un jour retourner sur la Lune ou aller sur Mars.

 

Magazine Découvertes, n°5, Été 2010, p.36

 

Written by :
Diane Laberge
 
 

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