Le Maroc hors piste

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Vous connaissez Agadir et vous croyez connaître le Maroc? Vous faites fausse route. Découvertes s’est aventuré dans le Grand Sud en compagnie d’un homme de cœur. Guidé par Karim Nagi – créateur de trekmaroc – nous avons découvert un Maroc de paradoxes où l’émotion se situe à fleur de peau, entre montagnes, désert, palmeraies et oasis.

 

 

par Diane Laberge

 

Karim – «généreux» en arabe – a le Maroc dans le sang. Berbère d’origine Amazigh – qui veut dire homme libre –, le Marocain aux yeux de braise s’enflamme juste à la pensée de tracer un itinéraire «à la carte» pour qui veut découvrir son pays. Et des tracés, il en connaît! Le trek est depuis longtemps sa spécialité. Depuis plus de vingt ans, il a parcouru son pays en tout sens, des gorges divines de l’Atlas aux plages blanches de la côte en passant par les dunes du Grand Sud. Cette fois, c’est en 4x4 que nous «pisterons» avec lui, au cœur de ce pays méconnu, habité par des gens de cœur, chaleureux, sensibles et authentiques. Un voyage qui, bien au-delà des regards, fait son chemin vers l’intérieur, interpelle et questionne au plus profond de soi. Car la rencontre avec les nomades du désert est d’abord une aventure humaine qui ne peut que ramener à l’essentiel.

 

 

Jour 1 Marrakech la rouge  

 

Arrivée à Marrakech après 7h30 de vol à partir de Montréal, avec
transit à Casablanca. Karim nous y accueille chaleureusement avant de nous conduire à l’hôtel. Le premier contact inspire: son sourire est franc et son regard, sincère.

 

Il est un peu plus de midi et nous avons le reste de la journée libre. Pas question de traîner. Direction la médina et la  Place Jemaa El-Fna. Celle que l’on appelle Marrakech la rouge porte bien son nom avec ses murets de pisé aux chaudes tonalités, datant du XIIe siècle. Un conseil: il est toujours préférable de se rendre sur la place au coucher du soleil. C’est à ce moment que la magie opère. Tous les soirs, l’endroit est bondé: de badauds, de touristes mais aussi de Marocains qui n’hésitent pas à vous lancer à l’unisson un «bienvenue au Maroc» bien senti. C’est qu’on doit avoir l’air de touristes avec nos yeux tout ronds!

 

Il est étrange de constater que malgré la frénésie du lieu, on sent ici une envie soudaine d’arrêter le temps et d’observer. Et des choses à voir, il y en a: du vendeur d’eau au charmeur de serpents en passant par le conteur, le saltimbanque, le marchand d’agrumes ou de pistaches, le vendeur de beignets ambulant et le tatoueur au henné. Une visite des souks est un incontournable. Un conseil: c’est ici plus cher qu’ailleurs et ce, malgré le marchandage qui lui aussi est un incontournable. Nous y avons passé un très bon moment, enivrés par la fumée des grillades et les odeurs d’épices. Difficile de se coucher tôt tellement on ne veut rien manquer!

 

 

 

Jour 2 Bain de culture

 

 

Ca y est, c’est parti! Dès le petit matin, Karim est de retour à l’hôtel.  Rendez-vous Place Jemaa El-Fna pour le chargement des deux 4x4 et la rencontre des autres membres de l’expédition: Houssein le cuisinier, Abdou – dit Bouba – et Hassan les chauffeurs, Mohammed l’artiste et Marie-Pierre de Soleil et Sourire du Maroc (voir encadré). Les sacs à dos s’empilent savamment sur les toits où on a déjà bien organisé le matériel et tout l’équipement qui nous rendra totalement autonomes lors des bivouacs. À peine 30 kilomètres au sud-est de Marrakech, direction col du Tizin-Tichka (2260 mètres d’altitude), on entre en pays berbère. Le paysage change à vue d’oeil. Plus on grimpe, plus celui-ci devient aride et sec. Modernisme oblige, les maisons ont beau être faites de pisé – mélange d’argile, de gravier et de paille –, certaines d’entre elles
possèdent toutefois leurs coupoles. Si ce n’était de ça, on se deman-
derait si le temps ne s’est pas arrêté quelque part dans un autre siècle. 

 

Nous prenons la route direction Télouet et visitons au passage la Kasba de Glaoui, château fort du pacha de Marrakech à la fin du XIXe siècle. Une pure merveille d’architecture avec ses portes en bois teintées de pigments naturels, ses plafonds peints, ses céramiques anciennes et ses moucharabias, sortes de grilles en fer forgé servant de fenêtres d’où les femmes du pacha pouvaient surveiller l’extérieur sans être vues.
Direction Aït Benhaddou, on traverse des canyons avec des villages
accrochés à la falaise ou construits en contrebas, accessibles à dos de mulets seulement. Au fil des kilomètres, apparaissent les premières
oasis, vallées luxuriantes au pied de collines arides pavées de roches de plus en plus blanches. Ce soir, nous coucherons chez l’habitant, dans
un gite d’étape fort sympathique. Après notre premier couscous d’agneau – un régal signé Houssein –, nos chauffeurs prendront plaisir à
accompagner Mohammed aux percussions pendant que celui-ci,
outar en main, nous chantera des chansons traditionnelles aux
sonorités un peu tristes. Après 120km de route et 45km de piste,
les fous rires sont au rendez-vous et le coucher en dortoir prendra ce soir des airs de colonie de vacances. 

 

 

 

Jour 3 Les Mille et une nuits 

 

 

Il est 8 heures. Tout le monde a mangé, les 4x4 sont chargés, nous sommes prêts pour le départ. Pas de temps à perdre, il y a trop à voir. Quelques kilomètres à peine et tout le monde descend! Nous sommes arrivés à la Kasba de Aït Benhaddou, lieu de tournage d’Astérix mettant en vedette l’acteur marocain Jamel Debbouze. Le lieu est totalement magique. Cette ancienne étape de caravaniers venant du Sud est classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 1987. Il faut traverser l’oued sur des sacs de sable pour accéder au site où de nombreux artistes ont élu domicile. On y fera la rencontre d’un aquarelliste fort doué qui utilise une technique à base de pigments naturels de thé et de safran jadis mise au point pour l’envoi de messages secrets.

 

Nous reprenons la route vers la vallée du Draa, traversant de nombreuses plaines rocheuses avec, au loin, les sommets encore enneigés du Haut-Atlas. Dès la sortie du village de Agdz, où nous nous régalons d’un tajine d’agneau absolument divin, nous voilà dans la palmeraie où d’immenses palmiers bordent la route et la rivière sur des kilomètres.  Le costume des femmes se fait noir puisque nous sommes maintenant au pays des Saharahouites. Sur la colline, on a gravé les signes arabes des mots «Dieu Patrie Roi». Il faut dire que les Marocains sont très attachés à leur roi, Mohammed VI qui, depuis dix ans, a fait beaucoup pour la
réforme de la famille, le droit des femmes et le développement durable.

 

Nous poursuivons la route vers Zagora, l’une des plus grandes palmeraies du Maroc. Ville commerciale, Zagora était jadis une étape incontournable pour les nomades venant du désert. On y troquait des étoffes, du sel et des épices. Encore aujourd’hui, le commerce est la principale activité de la ville. On s’y arrête donc pour les provisions du soir avant de poursuivre à travers les regs et attaquer les 90km de piste. Encore une fois, le paysage change. On se croirait maintenant dans les plaines du Far West avec un petit côté Roi Lion attribuable à la présence de quelques acacias tout au long du parcours. Nous suivons la piste – que seuls Karim et les chauffeurs savent reconnaître et ce, sans aucun GPS. Comme Hassan l’affirmera
lui-même en rigolant, il est venu au monde avec un GPS dans la tête. 

 

Nous sommes maintenant dans la plaine, entourés de montagnes de terre où se dressent, en leur sommet, de véritables murailles de pierres. Il est facile de croire que cet endroit a déjà été envahi par la mer en raison des nombreux fossiles qu’on y retrouve. On y découvre les premiers campements de nomades qui, encore aujourd’hui, se déplacent sur le territoire. Le choc est brutal pour les nord-américains que nous sommes. Certains nomades viennent vers nous de façon incertaine – ils ne voient souvent personne pendant des semaines – et nous versons allégrement quelques bidons d’eau dans leurs contenants usés, donnant des bonbons aux enfants qui nous sourient de toutes leurs dents. Car il faut le dire, la plus grande leçon de vie que nous recevrons des nomades que nous rencontrerons, est une leçon de bonheur. La preuve qu’il ne faut souvent pas grand-chose pour être heureux dans la vie. 

 

Nous arrivons finalement à Tazarine peu après le coucher du soleil. Ce soir, nous dormirons sous la tente berbère. L’endroit est tout simplement digne d’un conte des Mille et une nuits. L’ambiance sera totalement festive – avec chants et danses traditionnelles – et nous pourrons enfin nous doucher avant d’aller au lit. Me croirez-vous si je vous affirme que nous l’avons économisée cette eau! 

 

 

 

Jour 4 On a marché sur la dune 

 

 

Ce matin, on se réveille tôt avec le premier appel à la prière provenant du muezzin de Tazarine. Il est 5h20. Le campement s’active, le temps est frais et la lumière, sublime. Dès 7h45, les 4x4 sont chargés et nous, impatients de nouvelles découvertes. 

 

Nous traversons un petit village à l’heure où les enfants entrent en classe. Ici, les cours n’ont lieu que le matin, les enfants aidant aux travaux des champs durant l’après-midi. Il est bon de les voir pédaler sur des bécanes recyclées dont a fait don une entreprise franco-marocaine.

 

On s’arrête pour les piles de caméra et de lampes frontales, nous en aurons besoin ce soir pour monter le bivouac sur les dunes. Nous     arrivons aux portes du désert à l’heure du lunch que nous prenons à Rissani, oasis fortifiée de la dynastie royale, érigée parmi les palmiers dattiers. Ici, les bruits de la ville sont étouffés par les dunes. Le silence est étrangement bruyant. Nous sommes ici au pays des Alaouites ou les Touaregs, communément appelés hommes bleus du désert; les peaux
sont plus foncées, la population plus arabisée. On en profite pour s’acheter un chech – chaleur oblige – et visiter un marchand de tapis afin d’en
apprendre davantage sur les particularités propres à chaque tribu berbère, que ce soit au niveau du motif ou du matériel utilisé pour la fabrication. Ici, rien de touristique. Que de l’authentique. Marchandage inclus.

 

On reprend vite la route vers les dunes rouges de Merzouga où l’on veut établir le campement pour la nuit. Pendant qu’une partie de l’équipage fera la balade vers les dunes à dos de dromadaires – il n’y a pas de   chameaux au Maroc–, les autres se chargent de trouver le meilleur endroit pour monter le bivouac. C’était sans compter l’ensablement d’un des 4x4. Mais on arrive à se sortir du pétrin avant la nuit que l’on passera sous les étoiles sans pouvoir aller au lit avant une heure du matin tellement tout semble trop beau pour être vrai! Avant de m’endormir, je repense aux propos du jeune chamelier qui, devant nos questions sur la simplicité de sa vie, affirmera que les biens matériels sont pour lui superflus. «Tout ce qui compte, c’est ce qu’on a là et là», de dire le jeune homme tout de bleu vêtu, pointant de sa main la tête et le cœur. 

 

 

Written by :
Découvertes
 

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