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La Côte Nord du Saint-Laurent

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« L’enfant arpentait les forêts et les lignes d’eau du St-Laurent en compagnie de son père et de l’artiste. Pendant que les deux hommes dépliaient leurs chevalets, l’enfant s’amusait, tantôt à courir dans les bois, tantôt à marcher sur les rochers tout gluants de varech. La scène se répétait presque à chaque jour de l’été… » ainsi écrivait Denis Gauthier dans le journal de Charlevoix du 18 avril 1993. Chaque fois que je lis ces quelques lignes, se réveille en moi l’appel de la norditude de mon passé.

 

La Côte Nord du St-Laurent et la beauté de sa Norditude


À la fin des années 50, alors que j’avais à peine dix ans, je suivais mes parents dans leurs voyages partout sur la Côte Nord et la Basse Côte Nord du St-Laurent, autant sur la mer que dans l’arrière-pays. Plus nous allions vers le Nord, plus c’était beau... quel silence... que de grands espaces, ces cieux si rouges et si lumineux qui caractérisent le grand Nord, ses nuits d’encre noire à ne savoir où l’on est, ses lacs immenses aux eaux si profondes et d’un bleu que je n’avais vu nulle part au monde. Cette toundra qui s’étend des hautes terres du St-Laurent jusqu’aux profondeurs du Labrador. Ces voyages ont laissé des traces indélébiles chez cet enfant que j’étais et ce, pour le reste de ma vie.

Plusieurs années plus tard, je me décidai enfin à retourner sur la côte Nord tant chérie de mon enfance, mais cette fois, c’était pour y peindre. Tout d’abord, je voulais reprendre contact avec les gens du pays et quelques Innus, ceux-là même qui nous avaient servi de guide pendant tant d’années. Je voulais revoir chaque village de Tadoussac jusqu’à Blanc Sablon, aux limites du Québec via le Labrador en passant aussi par Anticosti.

Il faut dire que jadis, certains villages de la Basse Côte Nord, n’étaient même pas reliés avec ceux de la Côte Nord, sauf par bateau ou avion.

Ce n’est que dans les années 70 que l’on construisit un pont sur la rivière Moisie pour enfin créer une ouverture sur le monde, un pont entre ces deux univers. Là où jadis certains nous disaient : c’est ici que la route 138 se termine. Moi, je vous dis que c’est ici que ça commence. Cette route qui longe le St-Laurent, je la refais tous les ans. C’est mon pèlerinage annuel. Les petits villages côtiers ne ressemblent à aucun autre, sur cette route qui mène à la découverte de l’espace, de la liberté et de la méditation intérieure. C’est la clé majeure pour mieux comprendre ces communautés qui vivent là-bas au bout du chemin... sur la terre de Caïn.

La Côte Nord du Saint-Laurent et la beauté de sa Norditude


Parfois, j’ai l’impression que les saisons sont dans le désordre.

L’hiver dure 9 mois et l’on dirait qu’il ne finira jamais, tandis que les trois mois d’été, à peine commencés, sont déjà terminés. J’ai souvent vu aussi passer les quatre saisons dans la même journée. Je me rappelle un jour que j’étais en voyage avec mon ami, artiste lui aussi. Nous avions peint très tôt le matin aux Îles Michons par un beau soleil de printemps. À midi, il neigeait. À deux heures, nous étions aux abords du quai de Nathasquan pour peindre un autre tableau, cachés entre nos deux voitures parce que le vent avait tellement grossi les vagues sur la mer qu’elles passaient par-dessus le quai. Et voici qu’à quatre heures, nous achevions notre journée près de l’église sous un soleil radieux. Il faut juste y être quand ça commence et quand ça s’arrête pour goûter à la Côte-Nord entre les deux.


Je vous dirais que toutes les raisons sont bonnes pour me ramener sur la Côte Nord.

Depuis plusieurs années, je vais à la pêche aux saumons sur la rivière Mingan dans l’arrière-pays de Havre St-Pierre. Je suis toujours surpris à mon arrivée de constater que pour se rendre au camp situé sur une île, nous devons faire le trajet depuis le canot sur un trottoir de bois. Ces mêmes passerelles, je les ai aussi remarquées au petit village côtier d’Harrington Harbour en Basse Côte Nord. Dans ce singulier village isolé sur une île, les maisons sont perchées sur les rochers à quelques mètres de la mer. On y circule sur de charmants trottoirs de bois.


Je me rappelle les milliers d’îles que l’on chevauchait pour se rendre à Tête-à-la-Baleine en passant par l’île de la Providence qui est d’une beauté à couper le souffle. On m’a souvent raconté que jadis, on faisait la livraison de la poste avec des traîneaux tirés d’un village à l’autre par des chiens qui, l’été venu, étaient envoyés sur les îles en face des villages. Les marins et les Nordcôtiers qui passaient par là entendaient, par temps calme, hurler ces chiens à des dizaines de milles à la ronde. Ces vieux loups de mer les avaient ainsi surnommés L’Orchestre du Labrador. Quel beau titre et quel beau sujet pour un tableau ! Je ne pouvais pas laisser passer une si belle occasion d’y retourner pour prendre des notes et faire quelques croquis sur place.

 

LOUIS TREMBLAY, "Magazine Découvertes", n°1, Été 2008, p.90

 

Written by :
Guy Dufour
 
 

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