
Cinq falaises, cinq villages. Entre eux, des sentiers pédestres sinueux et escarpés offrant des panoramas à couper le souffle sur la Méditerranée et ses horizons bleutés. Récit d’un voyage à petits pas au pays des sens et des sensations!
Â
par Hélène Dufresne
Comme nous sommes de fervents adeptes de ski alpin, randonner les Cinq Terres à l’automne nous apparaissait comme une bonne préparation à notre sport de prédilection. Nous avons choisi de résumer notre bagage à un sac à dos – que nous transporterons nous-mêmes – et convenu de prendre congé d’automobile pour explorer d’autres modes de déplacement.Â
Situé au nord-ouest de l’Italie, le parc de Cinque Terre, comme son nom l’indique, est composé de 5 villages reliés par le train, une navette fluviale et un réseau de sentiers pédestres. Bien que la route rejoigne maintenant certains villages, les automobiles ne sont pas autorisées à l’intérieur de ce périmètre. Si le tourisme a remplacé le mode de vie traditionnel – essentiellement agricole – la création du parc visait à préserver l’aspect des lieux et à favoriser la production de produits régionaux issus de l’agriculture. Encore aujourd’hui, il est étonnant de voir celle-ci se pratiquer «en terrasse» sur d’étroites bandes de terres escarpées.
Dès notre arrivée, nous sommes éblouis par le turquoise de l’eau et le soleil encore chaud d’octobre. La mer accueille encore quelques bai-gneurs téméraires. Pour cinquante euros, une petite pension trouvée sur la toile nous offre une chambre confortable avec salle de bain et vue imprenable sur la mer. Nous explorons Levanto libérés de notre sac à dos, repérons l’entrée du sentier que nous emprunterons le jour suivant et achetons notre carte d’accès au parc pour une durée de sept jours. Puis nous allons souper à l’Osteria Tumelin qui nous a été recommandée comme le meilleur restaurant de l’endroit. On s’y régale des produits de la mer pêchés le jour même par des locaux dans de petites barques pittoresques. On goûte avec ravissement aux anchois frais servis simplement avec de l’huile et du citron. Rien à voir avec les conserves salées qu’on trouve par chez nous! Un délice.
Â
Â
Â
Â
Exploration Nord-Sud
Nous avons choisi d’explorer Cinque Terre du nord au sud. Nous savons que la marche sera plus facile, les plus grandes dénivellations n’arrivant ainsi qu’en fin de parcours, au bout du périple. Les distances courtes permettent de filer rapidement à travers le parc ou d’explorer chaque village en s’arrêtant un moment pour y déguster le style de vie à l’italienne. Nous marchons préférablement le matin, nous arrêtant sur les piazzas midi venu, prenant le temps de découvrir les environs par la suite. À Monterosso del Mare – notre première étape après une rando de 6 kilomètres depuis Levanto – je suis frappée par le nombre de vases et de pots fleuris se multipliant à l’infini, comme autant d’offrandes au ciel pour la générosité de la terre et de la mer.
Â
Ici comme ailleurs sur les Cinq Terres, les villages prennent d’assaut les montagnes pour assurer un panorama imprenable. Si bien qu’à chaque arrêt, en arpentant les lieux pour trouver une chambre, un restaurant ou pour découvrir les caractéristiques de chacun des villages, nous déambulons dans les incontour-nables escaliers qui tissent la trame urbaine.Â
Les sentiers ont d’abord été construits pour permettre aux habitants d’accéder aux terrains cultivés dans de fortes pentes. Ils sont encore aujourd’hui consacrés en grande partie à la culture de la vigne et de l’olivier. Entre les parcelles accrochées aux falaises, des escaliers de pierre surmontent les murs de soutènement des terrasses aménagées pour la culture. Parfois, de vaillantes mains ont creusé à même la pierre pour que le pied se pose à plat. À quelques endroits, d’ingénieux systèmes de poulies permettent de transporter dans des paniers les récoltes des sommets vers les installations modestes des paysans du coin, situées plus près du village.
Lors de nos randonnées, le chant des oiseaux et l’air chargé de parfums accompagnent
chacun de nos pas. Nous marchons de 5 à 10 kilomètres quotidiennement sur le sentier principal. C’est d’ailleurs la bonne saison si, comme nous, vous ne rencontrez pas de pluie pour arpenter les Cinque Terre car la forte affluence estivale et la chaleur pourraient gâcher le plaisir. De même, la pluie rendrait les sentiers plus glissants et même dangereux. Mais nos pas nous mènent sans trop de difficulté, curieux de ce qui les attend au détour du sentier. À cette saison, le thermomètre affiche 15°C le matin les jours ensoleillés et montera aisément jusqu’à 22°C pendant la journée. Les nuits plus fraîches éclaircissent l’atmosphère laissant le firmament briller de mille feux et la lune scintiller sur les eaux argentées.
Nous voyageons sans réservation mais attention, l’endroit étant très fréquenté en été, l’offre d’hébergement pourrait s’en trouver grandement limitée. En formule auberge, toutes les chambres incluent le petit déjeuner et les prix varient de vingt à soixante euros en basse saison. Pour un peu plus, il est aussi possible de louer à quelques endroits des studios et dans ce cas, bénéficier d’une petite cuisine.Â
Dans les cafés et restaurants, on s’inspire du terroir et des ressources locales pour élaborer les menus. Poissons et fruits de mer composent plus souvent qu’autrement nos repas cuisinés à la méditerranéenne avec une abondance de légumes frais et d’huile d’olive.Â
Direction sud, la marche entre Monterosso et Vernazza nous aura pris deux heures avec nos sacs à dos et nos bâtons de marche. Parfois les sentiers sont si étroits qu’ils rendent difficile l’usage des deux bâtons néanmoins nécessaires, surtout dans les descentes. En général, nous cheminons sur une piste d’un mètre de largeur mais parfois le sentier devient un trottoir qui se limite à la largeur du mur de soutènement qui borde la terrasse que nous longeons. Encore une fois, les paysages jumelés aux arômes ambiants nous grisent.Â
Vernazza est charmante et accueille la mer en son sein. La piazza est fermée sur trois côtés par les restaurants et les commerces
alors qu’elle fait face à la mer. Comme dans les villages précédents, de petites rues contournent les maisons. Émergent au détour de minuscules escaliers en lacets qui rejoignent les maisons érigées plus en hauteur encore, en retrait des voies principales. Les maisons aux murs de stuc épousent les couleurs du couchant. Des volets encadrent les fenêtres et partout des escaliers tricotent les passages entre les maisons et les différents plateaux sur lesquels elles se sont installées. La gare et la piazza sont – ici comme ailleurs – au cœur du village. Cette fois, nous entreprenons de nous aventurer un peu à l’extérieur du centre pour retrouver la campagne et les hameaux des montagnes environnantes où nous visiterons une petite fabrique d’huile d’olive. Nous sui-vons en autobus (gratuit pour les détenteurs d’une carte de séjour au parc) la route qui serpente vers les hauteurs jusqu’à l’usine où on fera halte pour déguster les huiles divines. La descente se fait à pied par de nouveaux sentiers qui nous ramènent à Vernazza...
Â
Â
Â







